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Journée à foin - Intégrer les haies à la protection des pâturages

Lors de la Journée à foin 2019, André Vézina, spécialiste en agroforesterie, a offert une présentation mettant en valeur le rôle crucial des haies brise-vent dans la protection des pâturages (...)

La plantation de haies en milieu agricole a connu, depuis le début des années 1980, un développement important dans la campagne québécoise, comme en témoignent les milliers de kilomètres de haies brise-vent et de bandes riveraines qui y ont été érigées.  La première vague de plantation visait principalement à réduire l’érosion des sols et à protéger les cultures.   Ces premiers pas ont permis d’acquérir une expertise québécoise et d’étendre l’utilisation des haies à d’autres besoins tout aussi pertinents, comme la protection des routes, des bâtiments et des animaux d’élevage.  Les haies peuvent également enrichir la biodiversité, contribuer à l’embellissement des paysages et à la séquestration de carbone atmosphérique. 

 

Dans les pâturages, les haies sont principalement utilisées pour créer de l’ombrage aux animaux d’élevage. L’ombrage est bénéfique pour les animaux durant les périodes de canicule.  Plusieurs sources indiquent que les stress thermiques peuvent entraîner une réduction de la production de lait (Hintz, 1983; St-Pierre et al, 2003). On a aussi mesuré des augmentations de gains en poids durant 4 ans de 6, 9, 1 et 11 % pour des vaches Hereford (ombrage par rapport à sans ombrage) en Oklahoma (McIlvan and Shoop 1970). En trappant la neige durant l’hiver, la haie protège aussi les cultures établies dans le pâturage.

 

Une rangée d’arbres espacés aux 8 m va procurer un ombrage suffisant pour protéger les animaux durant l’été. Toutefois, en plantant les arbres aux 4 mètres, on s’assure d’une protection plus rapide. On choisira au minimum trois genres d’arbres différents, bien adaptés au sol et au climat. On peut aussi insérer des arbustes entre les arbres, une pratique qui est utilisée en Europe pour compléter les besoins en fourrage durant les périodes plus sèches (Goust, 2017).  Il faut cependant s’assurer que les végétaux choisis ne sont pas toxiques pour les animaux (https://www.cbif.gc.ca/fra/banque-d-especes/systeme-canadien-d-information-sur-les-plantes-toxiques/systeme-canadien-d-information-sur-les-plantes-toxiques/?id=1370403266274).

 

Si les pâturages sont très exposés aux vents, la présence des arbustes va permettre de combler le bas de la haie et d’assurer ainsi une meilleure protection des animaux.

 

Les techniques de préparation de sol, d’implantation et d’entretien des haies pour assurer une bonne croissance des végétaux sont bien documentées (www.wbvecan.ca). Pour réduire la compétition herbacée, l’utilisation de paillis est une pratique utilisée de facto lorsque l’on implante des haies en milieu agricole, et qui contribue grandement à l’amélioration des taux de croissance et de survie des végétaux.  Pour faciliter la pose du paillis, le sol doit avoir été ameubli sur une profondeur de 15 à 20 cm.  Le fauchage des abords du paillis, deux à trois fois par année, suffit généralement pour éviter toute compétition nuisible aux végétaux plantés. Les arbres sont taillés afin de s’assurer d’avoir un fût bien droit et pour éviter les fourches. Les branches du bas sont élaguées graduellement au fil des ans pour faciliter les opérations culturales et réduire la compétition pour la lumière en bordure de la haie. Si on installe les arbustes, il faut rabattre ceux-ci au niveau du sol à tous les cinq à 10 ans (variable selon les espèces). Il faut protéger les arbres des animaux d’élevage en installant une protection individuelle ou une clôture électrifiée. S’il y a risque de broutage par les cervidés, il importe d’installer un protecteur aux arbres vulnérables.

 

Les coûts d’implantation (sans les végétaux) se situent entre 2 et 4 $ du mètre et varient selon le format des plants et le type de protection requis. Le programme Prime-Vert permet de couvrir de 70 à 90 % des coûts d’implantation et les végétaux intégrés dans la haie sont subventionnés jusqu’à un maximum de 8 $ par unité. Les coûts d’entretien, qui incluent le désherbage, le remplacement des arbres morts et la taille, se situent autour de 200 $/km par année, pour une haie de feuillus implantés aux 4 mètres. Une partie de ces frais est maintenant subventionnée par le programme Prime-Vert.

 

Références

 

Goust, J., 2017. Arbres fourragers. De l’élevage paysan au respect de l’environnement.

Éditions de Terran. 220 p.

 

Hintz, D.L. (1983).  Benefits associated with feedlot and livestock windbreaks.  Technical note 190-LI-1.  USDA soil conservation Service.  15 p.

 

McIlvain, E.H., and M.C. Shoop. 1970. Shade for improving cattle gains and rangeland use. J. Range Manage. 24:181-184. 

 

St-Pierre, N.R., Cobanov, B., Schnitkey, G., 2003. Economic loss from heat stress by US livestock industries. J. Dairy Sci. 86 : (E.Suppl):E52-E77.

 

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