Par Thomas-Daniel Letellier, étudiant en agronomie, Université Laval
Crédit photo: Guy Forand, agr., Meunerie Benjamin
Sur la photo, un mélange fourrager en implantation : à gauche, le même mélange semé avec l’herbe du Soudan comme plante-abri, comparé au mélange en semis pur à droite.
Bien que très appréciée pour ses rendements élevés, sa tolérance à la sécheresse et sa bonne qualité nutritive, la luzerne demeure une plante sensible à la compétition par les mauvaises herbes lors de son implantation. De nombreuses méthodes sont couramment utilisées, qu’on pense à l’utilisation d’herbicide en pré-semis, à l’implantation de la luzerne avec un mélange de graminées ou encore à l’utilisation de plantes-abris, elles permettent toutes un contrôle efficace des adventives (Bélanger et al., 2014; Hoy et al., 2002; Sheaffer et al., 2014; St-Pierre-Lepage et al., 2023). Cependant, étant utilisées depuis déjà plusieurs années, les plantes-abris permettent également l’obtention d’un rendement supérieur lors de l’année du semis (Sheaffer et al., 2014).
De nouvelles plantes sur le marché
Le recours à l’avoine en tant que plante-abri remonte au début des années 60. Bien évidemment, plusieurs plantes fourragères alternatives ont gagné en popularité depuis. Au Québec, l’herbe du Soudan, le raygrass annuel et le trèfle d’Alexandrie sont de plus en plus utilisés dans les mélanges de plantes fourragères, mais qu’en est-il de leurs performances en tant que plante-abri?
Dans les dernières années, plusieurs chercheurs se sont affairés à évaluer l’impact de l’utilisation de l’herbe du Soudan, du raygrass annuel et du trèfle d’Alexandrie comme plante-abri sur la qualité nutritive, le rendement pour l’année du semis et la qualité d’implantation d’une prairie de légumineuse par rapport aux performances de l’avoine dans le climat du Québec.
La qualité nutritive du fourrage
L’utilisation d’une plante-abri influence considérablement la qualité du fourrage d’une prairie de légumineuse lors de son année d’implantation. Alors que l’avoine et l’herbe du Soudan semblent généralement diminuer la qualité nutritive du fourrage, le raygrass annuel présente un excellent compromis dans le contexte du Québec (Matteau et al., 2020). Bien que les caractéristiques individuelles des plantes influencent leur qualité, faucher au stade de croissance adéquat demeure primordial pour l’obtention d’un fourrage de qualité supérieure.
Les rendements lors de l’année du semis
L’herbe du Soudan permet généralement d’atteindre des rendements supérieurs aux autres plantes-abris et dans tous les cas dépasse les rendements obtenus avec la luzerne semée sans plante-abri (Matteau et al., 2020; St-Pierre-Lepage et al., 2023). En contrepartie, le trèfle d’Alexandrie ne semble pas avoir d’effet positif sur les rendements obtenus tandis que le raygrass annuel n’a généralement pas d’incidence sur ceux-ci (St-Pierre-Lepage et al., 2023).
L’herbe du Soudan et l’avoine permettent aussi de diminuer la pression de mauvaises herbes principalement lorsque celle-ci est élevée tandis que le trèfle d’Alexandrie et le raygrass annuel n’ont pas d’impact sur la pression de mauvaises herbes (Matteau et al., 2020; Sheaffer et al., 2014; St-Pierre-Lepage et al., 2023). L’herbe du Soudan demeure la plante-abri qui a les performances les plus constantes de toutes les quatre.
La qualité d’implantation de la prairie de luzerne
Le raygrass annuel est la seule plante-abri qui diminue la population de luzerne à l’automne de l’année du semis ainsi que la survie à l’hiver de la luzerne. Les trois autres plantes n’y changent rien (Matteau et al., 2020; St-Pierre-Lepage et al., 2023). La survie hivernale du raygrass annuel en est probablement la cause. Également, lorsque la régie de coupe de l’année du semis est planifiée en fonction de la maturité de la luzerne, on n’observe pas d’influence sur le rendement obtenu l’année suivant le semis.
Pour plus d’informations
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Bibliographie
Bélanger, G., Castonguay, Y., & Lajeunesse, J. (2014). Benefits of mixing timothy with alfalfa for forage yield, nutritive value, and weed suppression in northern environments. Canadian Journal of Plant Science, 94(1), 51‑60. https://doi.org/10.4141/cjps2013-228
Hoy, M. D., Moore, K. J., George, J. R., & Brummer, E. C. (2002). Alfalfa Yield and Quality as Influenced by Establishment Method. Agronomy Journal, 94(1), 65‑71. https://doi.org/10.2134/agronj2002.6500
Matteau, C., Seguin, P., Baurhoo, B., & Mustafa, A. F. (2020). Sudangrass as companion crop to establish alfalfa. Crop, Forage & Turfgrass Management, 6(1), e20006. https://doi.org/10.1002/cft2.20006
Sheaffer, C. C., Martinson, K. M., Wyse, D. L., & Moncada, K. M. (2014). Companion Crops for Organic Alfalfa Establishment. Agronomy Journal, 106(1), 309‑314. https://doi.org/10.2134/agronj2013.0250
St-Pierre-Lepage, S., Seguin, P., Georlette, C., Halde, C., Tremblay, G. F., Martel, H., & Akpakouma, A. (2023). Use of six annual companion crops to establish alfalfa–timothy mixtures at different seeding dates. Agronomy Journal, 115(4), 1892‑1910. https://doi.org/10.1002/agj2.21348